« Notre salut » : employés de bourreaux

« Notre salut » : employés de bourreaux

« Notre salut » : employés de bourreaux



. La banalité comme prouesse d’acteur. Swann Arlaud joue l’être mou, fatigué, écrasé sous l’administration. L’absence d’étincelle est efficace. Peu de comédiens maîtrisent l’inconsistance, la platitude. Il méritait, à l’instar de l’ensemble des autres comédiens au diapason, le Prix d’interprétation à Cannes 2026.

. Un film digne d’un épisode de Strip-Tease sous l’Occupation, consacré au quotidien d’agents de l’administration de Vichy. La caméra à l’épaule, le grain de l’image et l’éclairage indiscret favorisent l’immersion réaliste.

. Un long-métrage miroir des Rayons et des Ombres. Notre salut est mou, commun. Les Rayons et les Ombres apporte un souffle romanesque. Grâce à ces deux approches complémentaires, le spectateur dispose d’une lecture idéale de la période.

. La musique, qui rend deux séquences inoubliables. La bande originale surgit avec une modernité tonitruante et met le spectateur encore plus mal à l’aise. Une technique très futée.

. La banalité des dialogues rend les personnages ni méchants ni gentils, simplement plongés dans leur travail. Ils gagnent leur croûte, veulent évoluer dans leur fonction, etc. Quelques-uns émettent des doutes et des réserves, mais toujours noyés dans la routine administrative de la collaboration, qu’il s’agisse d’un dossier égaré, à mettre à jour, de tensions entre collègues, d’un bureau à déménager…

. La scène de la tarte aux pommes, illustration impeccable du quotidien collaborationniste. Les collabos ne sont pas présentés comme des vampires assoiffés de sang, mais comme des personnes que l’on croise. En ce sens, le film devient inconfortable : qu’auriez-vous fait, vous, en 1940 ? Être peinard dans un bureau à Vichy ou risquer votre vie dans le Maquis ? Aujourd’hui tout le monde serait résistant, bien sûr, mais à l’époque ?

. Une fin réussie avec un message du réalisateur qui consolide le réalisme de son film. Ne pas l’avoir placé au début est une excellente tactique narrative.

. Si vous avez aimé Les Rayons et les Ombres, Lacombe Lucien, La Zone d’intérêt, mais aussi 1984.



. La modernité des répliques peut déstabiliser. La grande force du film sonne faux par moments et un léger réglage aurait été salutaire.

. La lenteur du rythme rebutera. Il ne se passe presque rien, c’est assumé, mais le film ne fera pas de cadeaux aux impatients.

. Le générique d’ouverture plombé par la multitude des partenaires financiers à l’écran ! Certes, il est logique de les mentionner, mais cela dure au moins deux minutes ! En salle ça passe, mais à la maison…




« Vous n’avez pas de souci à vous faire, je ne vois rien d’exceptionnel vous arriver dans votre vie ».



Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…

« Notre salut » d’Emmanuel Marre, avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Mathieu Perotto…
Sortie le 30 septembre 2026 en salle.
Durée : 2h 33min.

Image Copyright Michigan Films & Kidam.